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Labels & Greenwashing

Label Greenfin ou Label ISR : lequel choisir pour votre épargne ?

Par Alexandre Pollet· 11 min de lecture·

En résumé : ces deux labels publics ne certifient pas la même chose — « lequel choisir » se résout donc par votre priorité, pas par un classement. Le Label ISR (ministère de l'Économie, 2016) certifie une méthodologie de sélection fondée sur les trois familles de critères ESG — environnement, social, gouvernance — avec une offre très large. Le label Greenfin (ministère de la Transition écologique, 2015) certifie que le portefeuille finance des activités de la transition écologique et exclut toute la chaîne des énergies fossiles — il est beaucoup plus rare. Priorité climatique et fossiles non négociables : regardez d'abord Greenfin. Démarche responsable d'ensemble et choix étendu : le Label ISR est la référence. Et certains fonds cumulent les deux.

Vous parcourez la liste des supports de votre assurance vie, ou la documentation de deux fonds qu'on vous propose. L'un arbore le logo « Label ISR », l'autre un tampon « Greenfin ». Les deux se présentent comme des labels d'État, les deux brochures parlent de finance responsable, et rien n'explique en quoi ils diffèrent. Vous vous demandez, légitimement : est-ce le même tampon sous deux noms ? L'un est-il plus exigeant que l'autre ? Et surtout — lequel correspond à ce que vous attendez de votre épargne ?

La confusion est compréhensible, car elle est entretenue par la communication des distributeurs, qui empilent les logos sans jamais dire ce que chacun garantit. La réalité est pourtant nette : ces deux labels sont portés par deux ministères différents, reposent sur deux référentiels différents, et répondent à deux questions différentes. Le Label ISR répond à « ce fonds sélectionne-t-il ses investissements selon une méthode ESG contrôlable ? ». Greenfin répond à « ce fonds finance-t-il réellement la transition écologique, sans énergies fossiles ? ».

Dans cet article : ce que chaque label garantit — et ne garantit pas —, un tableau comparatif pensé pour votre décision, le point précis sur les énergies fossiles et le nucléaire (là où les deux référentiels divergent le plus), et une méthode simple pour vérifier vous-même qu'un fonds porte vraiment le tampon qu'il affiche.

Que garantit exactement le Label ISR ?

Le Label ISR est un label public créé en 2016 sous l'égide du ministère de l'Économie et des Finances. C'est le label généraliste de l'investissement socialement responsable en France : il certifie qu'un fonds applique une méthodologie de sélection formalisée, documentée et auditée, fondée sur les critères ESG — environnement, social, gouvernance. La labellisation est délivrée après audit par des organismes certificateurs indépendants, pour une durée limitée avec des contrôles de suivi : un fonds peut donc perdre son label, et seule la liste officielle publiée sur lelabelisr.fr fait foi.

Son référentiel a été profondément durci. La troisième version, entrée en application le 1er mars 2024 et imposée à tous les fonds labellisés depuis le 1er janvier 2025, relève la barre sur deux points majeurs : la sélectivité — le fonds doit écarter les 30 % d'émetteurs les moins bien notés de son univers d'investissement, contre 20 % auparavant — et les énergies fossiles, avec l'exclusion du charbon et des hydrocarbures non conventionnels au-delà de seuils stricts, ainsi que des entreprises qui lancent de nouveaux projets d'exploration, d'exploitation ou de raffinage d'hydrocarbures. Ce durcissement a fait le tri : selon le comité du label, près de 940 fonds ont conservé le label au 1er janvier 2025, certains gérants ayant préféré y renoncer plutôt que de se conformer aux nouvelles exclusions.

Le périmètre du Label ISR est large : fonds actions, obligataires, monétaires, et même fonds immobiliers (SCPI, OPCI), qui disposent de leur propre déclinaison du référentiel. C'est sa force — vous trouverez des fonds labellisés ISR dans pratiquement tous les contrats — et sa limite : un label aussi répandu certifie une méthode, pas un contenu. Deux fonds labellisés peuvent avoir des portefeuilles très différents, et un fonds labellisé peut détenir des entreprises qui vous surprendront. Nous avons consacré une analyse entière à cette nuance : ce que le Label ISR garantit vraiment — et ce qu'il ne garantit pas — la lecture indispensable avant de faire de ce logo un critère de choix.

Que garantit exactement le label Greenfin ?

Le label Greenfin est l'autre label d'État — mais côté ministère de la Transition écologique. Lancé fin 2015 dans le sillage de la COP 21 sous le nom de label « Transition énergétique et écologique pour le climat » (TEEC), rebaptisé Greenfin en 2019, c'est le premier label d'État dédié à la finance verte : il ne certifie pas une démarche ESG d'ensemble, mais la qualité verte du portefeuille. Son référentiel, publié sur le site du ministère, repose sur quatre familles de critères :

  • une part verte : une fraction minimale du portefeuille doit être investie dans huit catégories d'éco-activités définies par le référentiel — énergie, bâtiment, gestion des déchets et contrôle de la pollution, industrie, transport propre, technologies de l'information et de la communication, agriculture et forêt, adaptation au changement climatique ;
  • des exclusions : toute la chaîne de valeur des énergies fossiles — exploration, production, transformation, transport du pétrole, du charbon et du gaz — est écartée, ainsi que d'autres activités jugées incompatibles avec la transition ;
  • la gestion des controverses ESG : les entreprises visées par des controverses environnementales, sociales ou éthiques documentées doivent être suivies et, le cas échéant, écartées ;
  • un mécanisme de mesure d'impact environnemental : le fonds doit suivre la contribution effective de ses investissements, notamment sur le climat.

Cette exigence a un prix : la rareté. Selon la page officielle du ministère, on comptait début 2026 un peu plus d'une centaine de fonds labellisés Greenfin, pour environ 36 milliards d'euros d'encours — un ordre de grandeur presque dix fois inférieur au Label ISR en nombre de fonds. Le label est attribué après audit par des organismes labellisateurs référencés, pour une durée d'un an renouvelable avec contrôles. Et son référentiel évolue pour converger avec la taxonomie verte européenne, le dictionnaire officiel des activités durables de l'Union européenne — une convergence qui devrait, à terme, rendre la « part verte » encore plus lisible.

Ce que Greenfin ne garantit pas mérite d'être dit aussi clairement : ce n'est pas un label ESG global. Les dimensions sociale et de gouvernance n'y sont traitées qu'au travers du suivi des controverses — un fonds Greenfin certifie son contenu environnemental, pas une exemplarité sociale d'ensemble. Et comme tout label, il ne garantit ni performance, ni absence de risque de perte en capital.

Greenfin ou Label ISR : le tableau comparatif pour décider

Label ISRLabel Greenfin
Qui le porteMinistère de l'Économie et des Finances (créé en 2016)Ministère de la Transition écologique (lancé fin 2015, ex-TEEC)
La question à laquelle il répond« Ce fonds sélectionne-t-il selon une méthode ESG auditée ? »« Ce fonds finance-t-il la transition écologique, sans fossiles ? »
Cœur du référentielSélectivité ESG (exclusion des 30 % d'émetteurs les moins bien notés), transparence, suiviPart verte investie dans 8 éco-activités, mesure d'impact environnemental
Énergies fossilesExclusions ciblées : charbon et non-conventionnels au-delà de seuils, nouveaux projets d'hydrocarburesToute la chaîne de valeur exclue (pétrole, charbon, gaz)
NucléairePas d'exclusion imposée par le référentielExclu à l'origine ; éligible depuis un arrêté de janvier 2024
Social et gouvernanceAu cœur de la méthodologie (les trois piliers ESG)Traités via le suivi des controverses uniquement
Taille de l'offrePrès de 940 fonds au 1er janvier 2025 (comité du label)Un peu plus d'une centaine de fonds début 2026 (ministère)
Où vérifierListe officielle sur lelabelisr.frListe officielle sur ecologie.gouv.fr

Lisez ce tableau pour ce qu'il est : une comparaison de promesses, pas un podium. Greenfin est plus exigeant sur le climat, le Label ISR plus complet sur les dimensions sociale et de gouvernance — et beaucoup plus disponible. Aucune des deux colonnes ne certifie qu'un fonds est « éthique » au sens où vous l'entendez, vous : cette adéquation-là ne se labellise pas, elle se vérifie.

Énergies fossiles et nucléaire : quel label exclut quoi ?

C'est ici que les deux référentiels divergent le plus — et c'est souvent ici que se joue votre choix.

Sur les énergies fossiles

Greenfin applique l'exclusion la plus radicale du paysage français : l'ensemble de la chaîne de valeur — exploration, production, transformation, transport du pétrole, du charbon et du gaz — est incompatible avec le label. Le Label ISR, depuis sa version 2025, exclut le charbon et les hydrocarbures non conventionnels au-delà de seuils stricts, ainsi que les entreprises lançant de nouveaux projets d'hydrocarbures ; mais il n'interdit pas toute exposition au secteur de l'énergie. En clair : « zéro fossile » est une promesse Greenfin, pas une promesse Label ISR. Si c'est votre ligne rouge, vous savez quel tampon chercher — et l'inventaire du fonds reste la vérification finale.

Sur le nucléaire

Le nucléaire raconte l'histoire inverse. Greenfin l'excluait depuis sa création ; depuis un arrêté de janvier 2024, les activités liées à l'énergie nucléaire sont devenues éligibles au label, aux côtés des énergies renouvelables. Le Label ISR, lui, n'a jamais imposé d'exclusion du nucléaire. Ce changement se lit de deux façons, toutes deux défendables : pour les uns, le nucléaire est un pilier bas-carbone de la décarbonation française, et son intégration met le label en cohérence avec cet objectif ; pour les autres, la question des déchets et le refus de principe de cette énergie justifient de l'écarter d'un label « vert ». Nous ne trancherons pas ce débat à votre place. Conséquence pratique, en revanche : si le nucléaire est un critère pour vous — dans un sens ou dans l'autre —, le logo ne suffit plus depuis 2024. Il faut lire la politique d'investissement du fonds et son inventaire.

Faut-il vraiment choisir entre les deux ?

Non — et c'est la bonne nouvelle de ce comparatif. Les deux labels ne sont pas concurrents : ils sont complémentaires, et un même fonds peut être à la fois labellisé ISR et Greenfin. La vraie question n'est pas « quel est le meilleur label ? » mais « quelle est ma priorité ? » :

  • votre priorité est climatique, et l'exclusion des énergies fossiles n'est pas négociable : commencez par l'offre Greenfin, plus étroite mais calibrée pour cet objectif ;
  • vous cherchez une démarche responsable d'ensemble — environnement, mais aussi conditions de travail et gouvernance — avec un choix large dans toutes les classes d'actifs : le Label ISR est la référence, à condition d'en connaître les limites ;
  • vous voulez une dimension solidaire — financer directement des entreprises à forte utilité sociale : c'est le terrain d'un troisième label, Finansol, qui obéit à une logique encore différente.

Bonne nouvelle supplémentaire si vous investissez via l'assurance vie : vous n'avez pas à espérer que votre contrat propose ces fonds. Depuis le 1er janvier 2022, la loi Pacte impose à tout contrat multisupport de référencer au moins une unité de compte labellisée ISR, une unité de compte verte (Greenfin) et une unité de compte solidaire — une obligation détaillée sur le site officiel du Label ISR. Le minimum légal reste un minimum — une unité de compte par catégorie, ce n'est pas une gamme — mais il garantit que la comparaison de cet article a une traduction concrète dans votre contrat.

Notre grille de lecture, assumée : un label est un point de départ, jamais une conclusion. Il vous épargne l'analyse de centaines de fonds en présélectionnant ceux qui respectent un référentiel public audité — c'est précieux. Mais aucun tampon ne remplace la lecture de ce que le fonds détient réellement.

Comment vérifier qu'un fonds porte vraiment l'un de ces labels ?

Un logo sur une brochure n'est pas une preuve : un fonds peut avoir perdu son label, et une plaquette peut être obsolète. Trois réflexes suffisent — c'est notre méthode Liste → Référentiel → Inventaire :

  1. La liste. Vérifiez le fonds sur la liste officielle du label : lelabelisr.fr pour le Label ISR, la page Greenfin du ministère pour la finance verte. Seule la liste fait foi, jamais le logo.
  2. Le référentiel. Situez la promesse dans le temps : un fonds labellisé ISR aujourd'hui respecte le référentiel durci applicable depuis 2025 ; un fonds Greenfin peut détenir du nucléaire depuis 2024. Le tampon n'a pas toujours promis la même chose — sachez quelle version vous achetez.
  3. L'inventaire. Ouvrez le document d'informations clés (DIC) et l'inventaire du portefeuille publié par la société de gestion, et lisez au moins les dix premières lignes. Correspondent-elles à ce que le label vous a laissé imaginer ? Ce test de trois minutes est le plus honnête qui existe.

Pour aller plus vite sur les deux premières étapes, notre décodeur de labels résume gratuitement ce que chaque label français garantit, ce qu'il ne garantit pas, et où le vérifier. Il vous donne des pistes de lecture — la vérification finale reste toujours le document officiel du fonds.

Vos questions sur les labels Greenfin et ISR

Un fonds peut-il avoir à la fois le Label ISR et le label Greenfin ?

Oui. Les deux labels sont indépendants et leurs référentiels ne s'excluent pas : un fonds peut être audité et labellisé par les deux dispositifs. Le cumul est même un signal intéressant — une méthodologie ESG auditée et un contenu vert certifié — mais il reste rare, la double labellisation ayant un coût pour la société de gestion.

Le label Greenfin est-il « plus éthique » que le Label ISR ?

La question est mal posée — et c'est le piège classique. Greenfin est plus exigeant sur le climat et les fossiles ; le Label ISR couvre des dimensions que Greenfin ne traite qu'en surface, comme le social et la gouvernance. Aucun des deux ne certifie une conformité à vos valeurs personnelles : ils certifient des référentiels publics, différents, que cet article vous a détaillés.

Où vérifier qu'un fonds a vraiment l'un de ces labels ?

Sur les listes officielles uniquement : lelabelisr.fr pour le Label ISR, le site du ministère de la Transition écologique pour Greenfin. Un logo sur une brochure ou un site de courtier ne suffit pas — un fonds peut perdre son label lors d'un audit de renouvellement.

Trouve-t-on ces fonds dans une assurance vie ?

Oui, et c'est même une obligation légale : depuis le 1er janvier 2022, tout contrat d'assurance vie multisupport doit proposer au moins une unité de compte labellisée ISR, une unité de compte Greenfin et une unité de compte solidaire. Le nombre de supports au-delà de ce minimum varie fortement d'un contrat à l'autre — c'est un vrai critère de comparaison entre contrats.

Le Label ISR exclut-il totalement le pétrole et le gaz ?

Non. Depuis son référentiel applicable à tous les fonds labellisés au 1er janvier 2025, il exclut le charbon et les hydrocarbures non conventionnels au-delà de seuils stricts, ainsi que les entreprises lançant de nouveaux projets d'hydrocarbures — mais pas toute exposition au secteur de l'énergie. L'exclusion de l'ensemble de la chaîne fossile est la marque de Greenfin.

Un fonds peut-il perdre son label ?

Oui, dans les deux cas : les labels sont attribués pour une durée limitée, avec des audits de suivi et de renouvellement. L'entrée en vigueur du nouveau référentiel ISR l'a montré à grande échelle — des fonds ont quitté le label plutôt que de se conformer aux nouvelles exclusions. D'où l'importance de vérifier la liste officielle au moment où vous investissez, pas seulement la brochure.

Un fonds labellisé rapporte-t-il plus — ou moins — qu'un fonds classique ?

Ni l'un ni l'autre n'est garanti : aucun label ne certifie une performance, et les études comparant fonds responsables et fonds conventionnels divergent selon les périodes et les méthodologies. Comme pour tout placement en unités de compte, les performances passées ne préjugent pas des performances futures et le capital investi reste exposé à un risque de perte.

Et le label Finansol, c'est encore autre chose ?

Oui — c'est le troisième label du paysage français, dédié à l'épargne solidaire : il certifie qu'une partie de votre épargne finance directement des entreprises à forte utilité sociale ou environnementale. Nous lui avons consacré une analyse dédiée : ce que garantit le label Finansol, pour compléter votre panorama des trois labels.

Deux tampons, deux promesses — et une décision qui reste la vôtre

Vous n'avez plus à choisir à l'aveugle entre deux logos : le Label ISR certifie une méthode de sélection ESG auditée, large et généraliste ; Greenfin certifie un portefeuille qui finance la transition écologique, débarrassé des énergies fossiles. Si votre priorité est climatique, Greenfin est le référentiel le plus proche de votre exigence ; si vous cherchez une démarche responsable d'ensemble, le Label ISR vous ouvre une offre incomparablement plus vaste — à lire avec les limites que vous connaissez maintenant.

Reporter ce choix a un coût silencieux : tant que la question reste ouverte, votre épargne continue de financer ce que vous n'avez pas choisi. Et le choisir sur un logo mal compris coûte plus cher encore — c'est découvrir dans trois ans, en ouvrant l'inventaire, des lignes que vous pensiez précisément avoir exclues.

Pour la suite logique de cette lecture : notre méthode pour repérer le greenwashing d'un fonds « vert » transforme la vigilance de cet article en réflexes de détection — indispensable pour les fonds qui se disent verts sans label. Et notre décodeur de labels vous donne, en quelques minutes, la fiche de lecture de chaque tampon du marché.

Enfin, si vous préférez faire ce tri à deux : c'est notre métier. Lors d'un premier échange offert, un conseiller du cabinet passe en revue avec vous les labels et les inventaires de vos placements actuels — documents à l'appui, sans jargon et sans engagement.

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